Mardi 1 mai 2007
En exclusivité, une veille nouvelle pourris proposer pour un concours qui n'a intéressé personne, qui n'a même pas été capable de se faire sélectionner dans la catégorie "débile"sur 40 candidats alors que la moitié des compétiteur l'ont été.
C'est nul, chiant , mal écrit, bref, du Mc O dans toute sa splendeur!
Je me traiterais bien de sadique d'imposer cette daube si je ne savais pas déjà que personne ne me lisait !
Il n'avait qu'un seul indice, cette voiture inconnue stationnée depuis deux jours au coin de la halle. Pourtant, cela lui suffisait. Brutalement, il comprit qu'il n'allait pas commettre son meurtre. C'était une certitude.
Il ne s'apitoierait pas sur lui-même. On l'avait prévenu, dès le début, on avait été franc, ce ne serait pas simple, non. Il fallait qu'il donne le meilleur de lui-même. Pourtant, il avait donné le meilleur de lui, il le savait, il en était sûr. Ses entrailles étaient en gestation depuis des mois de toute la volonté qu'il accoucherait ce jour même. L'idée d'un échec proche, alors qu'il n'en était nullement responsable, que c'était ses coéquipières qui avaient foiré, et que c'était lui, avant tout, qui en subirait les conséquences lui était insupportable. Pourtant des échecs, il en connut, il en fréquenta régulièrement, il fut un client régulier, un vrai accro du Fast-Loose.
Passé simple. L'histoire qui s'écrit au présent ne connait pas d'échec. Maintenant, il est invincible.
On avait tout préparé. Du champagne au caviar, des femmes à grande tenue à d'autres à petite vertu, du luxe à la luxure. On ne regarde pas les frais, la banque saute, crédit illimité, le jour même se concluait la scène finale de plusieurs mois de labeur, après ça , le liquide allait couler à flots. Tout serait fluide, tout devrait, tout allait bien se passer, l'après midi avait si bien commencé, l'ensoleillement était idéal, pas un nuage à l'horizon et pourtant...
Pourtant, cette voiture était stationnée depuis deux jours au coin de la halle.
Paradoxe étrange! Comment un détail, par définition sans importance, peut-il exercer tant d'influence?
La tyrannie du détail l'avait amené ici. Dans ce lieu figé par le temps, il avait du mal à évaluer…c'était il y a combien de temps? 6 semaines? 6 mois ? Plus ? Moins? Il revenait de l'A.N.P.E. Non, désolé Monsieur, rien de plus pour vous aujourd’hui, débrouillez vous, faites la manche, volez que sais-je, je vais au resto ce soir, vous n'avez qu'à fouiller dans les poubelles, je vous laisserais peut être un bout de lasagne. Malheureusement, il lui restait juste assez d'argent pour rentrer en métro, annoncer la bonne nouvelle à sa femme et ses gosses qui, de toutes façons, le méprisaient déjà. Dans le métro, il n'avait pas fait attention au type bizarre. Le type bizarre le surveillait depuis le début du trajet. Non, son attention s'était porté sur la poche d'un magicien. Par un sort méconnu, le prestidigitateur se remplissait les poches au sens propre du terme, d'une manière probablement sale. Ce détail faisait partie de la catégorie des détails qui changent tout. Il sonda sa poche, vérifia qu'elle ne se remplissait pas miraculeusement comme celle du magicien. Elle était aussi vide que ses perspectives d'avenir. Tout avait disparu. Ce n'est pas qu'il y avait de l'argent dans son portefeuille… quant à sa carte d'identité, tout ces papiers administratifs qui était les seuls à lui assurer qu'il était encore quelqu'un, qu'il existait, il ne demandait qu'à disparaître avec. Mais le voleur allait tout prendre dans la gueule, son chômage, les menaces d'expropriation, les factures impayées, sa vie minable, le tout servi d'un uppercut droit. Il était pourtant intelligent, mais tout ce qu'il avait bien voulu apprendre à l'école, c'était se battre.
Autour de lui il n'y avait plus personne, plus de métro, plus de tag, plus de bruit, seulement lui qui se battait contre une société qui l'avait écrasé, seulement lui qui se battait contre son pire ennemi: lui même.
Il s'était réveillé dans une salle blanche, avec pour seul ameublement une table, une chaise, un miroir en face de lui. Quand il entreprit d’essuyer les gouttes de sang qui ruisselaient de son visage, il se rendit compte qu'il était menotté.
Le type derrière lui dit:
-Je leur ai demandé de t'enlever les menottes, en même temps de t'amener dans cette salle où j'attendrai ton réveil, mais la fée corruption n'a pas voulu exaucer cet autre voeu.
Le gars s'avança pour s'appuyer sur le miroir, il était dans son champ de vision. Il tenait dans ses mains un journal.
-Tu comprends, mon temps est précieux, je tenais absolument à te parler le plus tôt possible, mais je ne peux me résoudre à ne rien faire. J'en ai profité pour lire Kalach'Mag , c'est pas ce qui manque dans un commissariat, il faut vraiment que je le cherche et le trouve, ce flingue idéal que je cherche tant...
D'ailleurs, si tu veux travailler pour nous, faudra t'y abonner. Faudrait pas que tu te mettes à tirer en prenant ton pistolet par le canon.
Croyant sans doute sa tentative d'humour drôle, il éclata de rire.
-T'es pas bavard mon coco! Ceci dit, je ne te le reproche pas. J'aime ceux qui obéissent sans rechigner. J'en ai connu des ingrats que j'ai sorti de leur merdier quotidien, et qu'ai-je eu comme remerciements? Ils m'ont tous trahi, ont voulu raconter des crasses sur le dos du patron, ont travaillé pour des concurrents. Ca me fend le coeur, j'ai été obligé de m'assurer qu'on ne parlerait plus d'eux, rayés de la liste, évaporés, ils n'ont jamais existé. Mais toi? Tu me feras pas ça hein?
De nouveau ce même rire tonitruant. De nouveau il continua son monologue décousu, au fil de ses pensées.
-J'ai regardé ta carte d'identité. Mon vieux, tu ne peux pas t'appeler comme ça, à partir du moment où tu commenceras à travailler pour nous tu t'appelleras Deuk. D'ailleurs j'y pense, je ne t'ai toujours pas parlé du boulot!
Une fois de plus, ce rire glaça les artères du nouveau-né Deuk. Il apprit à aimer détester cet excentrique lunatique, un coup à rire comme l'orage, un autre à rugir sa haine, une chaussette rouge, une autre verte, enchaînant des bribes d'idées comme on rajoute des perles à un collier. Il lui désigna le plan, en fait tout dépendait de lui. Il espérait ne pas avoir perdu son après-midi pour un second rôle, il avait vu en lui la
capacité à devenir quelqu'un d'influent. Il avait vu sa musculature dans le métro, il l'avait vu se battre, une armoire à glace, c'est ce qu'il leur fallait. S’il était bien docile, faisant son métier avec passion, ils le couvriraient d'argent. Deuk comprenait surtout le non-dit, l'induit, sa tête faisant la une des journaux, toujours à être recherché, il perdrait probablement tous ses amis, son (nouveau) nom deviendrait synonyme d'une violence extrême, lui qui n'aspirait qu'à une vie anonyme et tranquille. Or, il y avait sa femme, ses enfants, et les boites de ravioli premier prix qu'il ne pouvait plus digérer, il acceptait le travail, pas pour lui, mais pour eux.
-Et tu as pris quoi?
Bernardo l'avait d'un coup ramené de la pièce exiguë à l'avenue bordée de gratte-ciel, des murs blanc aux néons colorés, d'un silence assourdissant à un bruit étouffant . On ne peut pas vraiment dire qu'il fut surpris, on n’était pas dans un film où le valeureux héros se réveillait d'un flash-back. Non, Deuk l'avait prévu, comme il prévoyait tout ce qui allait se passer, des dizaines de fois déjà il avait vécu cette scène.
-Un magnum 474, pour la classe.
Bernardo ne fit pas de remarque. Bernardo ne s'appelait pas vraiment Bernardo . Il était peu loquace, quitte à lui donner un faux nom, autant lui donner celui du fidèle faire-valoir de Zorro.
-Suis moi, je l'ai vu passer par là.
Deuk continua sa poursuite dans cette ville qui n'existait que pour l'argent. Tout était faux, des habitants aux bâtiments, des apparences aux sentiments. Les automobilistes partaient de nulle part pour arriver au même point, les piétons se pressaient sur le trottoir d'une marche sans objectif. A l'intérieur des magasins, ce qu'on pouvait prendre pour des humains, de l'extérieur, n'étaient en fait que des mannequins de cire sans âme. Deuk était persuadé que seule son existence donnait un but à toute cette agitation, sans lui, elle n'avait plus de raison d'être. Deuk était le seul à avoir un sens. Deuk était le centre de cette simulation de vie. Deuk était leur dieu.
Il arriva à la fin de la ruelle exiguë, il allait bientôt tourner à gauche. Il allait accomplir son ultime mission. L'homme qui l'avait embauché, celui qui avait payé sa caution pour le sortir de prison, lui qui l'avait sorti de la merde, il allait le tuer. C'était Le Patron qui le lui avait ordonné. Tue le fils, tue le, tout sera fini, ta carrière commencera. Tous les trois savaient qu'il n'y avait pas d'autre solution possible, ils avaient compris et accepté cette fin, de toutes façons, il n'était même pas envisageable de faire changer d'idée le patron. Encore une fois, il devinait la scène, il crut deviner la scène. Sa victime l'entendrait et tenterait vainement de se défendre avec son ak-47. D'abord, il devra traverser la rue pour lui payer un aller direct vers l'autre monde. En traversant la voie rapide il stopperait trois voitures: une BMW noire, une Ferrari jaune, et une Mercedes qui freinera net à 10 centimètres de son espérance de vie. Il fera 15 pas sur la droite, renversera une grand-mère qui faisait ces emplettes, coupera un sportif dans son élan. Le sportif lui dira d'aller se faire foutre, le suivra pour chercher la bagarre, mais se rappellera subitement que c'était l'heure du bain de son poisson rouge face à l'argument imparable d'un Magnum. Il se cachera derrière le bac à plantes vertes, imitant de son mieux le buisson. Puis quand sa victime sortira de l'immeuble (à 5h05 et 28 secondes) PANPAN, double déflagration, deux balles, une pour tuer, l'autre pour la sécurité, une pour le travail, l'autre pour le fun, une pour la mort, l'autre pour sa vie.
D'un pas assuré, il émergea de la ruelle. Tout y était. A l'horizon, on voyait la BMW, la Ferrari, la Mercedes, qui n'attendaient que leur destin. On apercevait, de l'autre coté de la route, la grand-mère et son sac d'un quintal, le dresseur de poissons rouges, les plantes vertes. Pourtant, quelque chose n'allait pas. C'est foutu. Cette pensée avait pénétré dans ses plus intimes convictions comme une balle dans un crane. Il ne savait pas pourquoi, mais son cerveau reptilien, cette part de l'homme primitif qui se manifeste dans les instincts de survie, était catégorique. Pourtant il fit mine d'ignorer, traversa la route, manqua de se faire écraser par une BMW, une Ferrari, et même une Mercedes qui s'arrêtera brutalement à 15 cms de lui, en même temps il observait. Et il comprit, au coin de la halle, il y avait une voiture inconnue. D'un coup, il lui revint en mémoire qu'il l'avait déjà vue, distraitement, il n'avait pas fait attention.
Un détail.
Il bouscula les pseudo inconnus, n'oublia pas d'armer son flingue, CLICLAC, il aurait pu le faire avant, mais ça faisait partie du rituel, on arme juste avant de descendre, pour la classe, encore une fois. Il se cacha derrière les plantes vertes, fit mine de discuter avec, pour ne pas avoir l'air trop bizarre aux yeux des passants. Sous une feuille, sa main droite, avec la main droite, le magnum, dans son oeil de cyclope, la porte vitrée. Son intuition le harcelait, le tenaillait, hurlait de plus en plus fortement, la voiture derrière serait sa perte, chaque instant augmentait l'écartèlement intérieur entre son espoir et sa résignation sur son destin. Il sentait l'objectif dans son dos se rapprocher, viser sa tête. Pour cette fois, plus personne ne sortirait de cette porte.
Le Patron dit:
-COUPEZ, COUPEZ!! c'est bon , abandonnez tout , vous pouvez rassembler toutes les pellicules et faire un feu de joie avec. S'il vous plaît, silence, s'il vous plaît !!!
Arrêtez de râler, je sais que c'est éprouvant, avez vous seulement pensé à tout le fric que j'ai perdu à rejouer sans cesse cette scène depuis deux semaines ? Mais je veux que la scène finale de Deuk: Machine à tuer soit parfaite . Alors certes, cette fois y a pas de perchiste se vautrant lamentablement sur scène, pas de coupure de courant, et Deuk ne remplace pas son texte par le slogan d'une marque de produit de vaisselle. Mais je veux rester maître de chaque petit détail visuel . Et ramenez moi ce foutu chef déco, qu'il explique ce que vient foutre en plein milieu du décor à dominante jaune pâle cette voiture rouge!!!
C'est nul, chiant , mal écrit, bref, du Mc O dans toute sa splendeur!
Je me traiterais bien de sadique d'imposer cette daube si je ne savais pas déjà que personne ne me lisait !
Dieu sort de la machine
Il n'avait qu'un seul indice, cette voiture inconnue stationnée depuis deux jours au coin de la halle. Pourtant, cela lui suffisait. Brutalement, il comprit qu'il n'allait pas commettre son meurtre. C'était une certitude.
Il ne s'apitoierait pas sur lui-même. On l'avait prévenu, dès le début, on avait été franc, ce ne serait pas simple, non. Il fallait qu'il donne le meilleur de lui-même. Pourtant, il avait donné le meilleur de lui, il le savait, il en était sûr. Ses entrailles étaient en gestation depuis des mois de toute la volonté qu'il accoucherait ce jour même. L'idée d'un échec proche, alors qu'il n'en était nullement responsable, que c'était ses coéquipières qui avaient foiré, et que c'était lui, avant tout, qui en subirait les conséquences lui était insupportable. Pourtant des échecs, il en connut, il en fréquenta régulièrement, il fut un client régulier, un vrai accro du Fast-Loose.
Passé simple. L'histoire qui s'écrit au présent ne connait pas d'échec. Maintenant, il est invincible.
On avait tout préparé. Du champagne au caviar, des femmes à grande tenue à d'autres à petite vertu, du luxe à la luxure. On ne regarde pas les frais, la banque saute, crédit illimité, le jour même se concluait la scène finale de plusieurs mois de labeur, après ça , le liquide allait couler à flots. Tout serait fluide, tout devrait, tout allait bien se passer, l'après midi avait si bien commencé, l'ensoleillement était idéal, pas un nuage à l'horizon et pourtant...
Pourtant, cette voiture était stationnée depuis deux jours au coin de la halle.
Paradoxe étrange! Comment un détail, par définition sans importance, peut-il exercer tant d'influence?
La tyrannie du détail l'avait amené ici. Dans ce lieu figé par le temps, il avait du mal à évaluer…c'était il y a combien de temps? 6 semaines? 6 mois ? Plus ? Moins? Il revenait de l'A.N.P.E. Non, désolé Monsieur, rien de plus pour vous aujourd’hui, débrouillez vous, faites la manche, volez que sais-je, je vais au resto ce soir, vous n'avez qu'à fouiller dans les poubelles, je vous laisserais peut être un bout de lasagne. Malheureusement, il lui restait juste assez d'argent pour rentrer en métro, annoncer la bonne nouvelle à sa femme et ses gosses qui, de toutes façons, le méprisaient déjà. Dans le métro, il n'avait pas fait attention au type bizarre. Le type bizarre le surveillait depuis le début du trajet. Non, son attention s'était porté sur la poche d'un magicien. Par un sort méconnu, le prestidigitateur se remplissait les poches au sens propre du terme, d'une manière probablement sale. Ce détail faisait partie de la catégorie des détails qui changent tout. Il sonda sa poche, vérifia qu'elle ne se remplissait pas miraculeusement comme celle du magicien. Elle était aussi vide que ses perspectives d'avenir. Tout avait disparu. Ce n'est pas qu'il y avait de l'argent dans son portefeuille… quant à sa carte d'identité, tout ces papiers administratifs qui était les seuls à lui assurer qu'il était encore quelqu'un, qu'il existait, il ne demandait qu'à disparaître avec. Mais le voleur allait tout prendre dans la gueule, son chômage, les menaces d'expropriation, les factures impayées, sa vie minable, le tout servi d'un uppercut droit. Il était pourtant intelligent, mais tout ce qu'il avait bien voulu apprendre à l'école, c'était se battre.
Autour de lui il n'y avait plus personne, plus de métro, plus de tag, plus de bruit, seulement lui qui se battait contre une société qui l'avait écrasé, seulement lui qui se battait contre son pire ennemi: lui même.
Il s'était réveillé dans une salle blanche, avec pour seul ameublement une table, une chaise, un miroir en face de lui. Quand il entreprit d’essuyer les gouttes de sang qui ruisselaient de son visage, il se rendit compte qu'il était menotté.
Le type derrière lui dit:
-Je leur ai demandé de t'enlever les menottes, en même temps de t'amener dans cette salle où j'attendrai ton réveil, mais la fée corruption n'a pas voulu exaucer cet autre voeu.
Le gars s'avança pour s'appuyer sur le miroir, il était dans son champ de vision. Il tenait dans ses mains un journal.
-Tu comprends, mon temps est précieux, je tenais absolument à te parler le plus tôt possible, mais je ne peux me résoudre à ne rien faire. J'en ai profité pour lire Kalach'Mag , c'est pas ce qui manque dans un commissariat, il faut vraiment que je le cherche et le trouve, ce flingue idéal que je cherche tant...
D'ailleurs, si tu veux travailler pour nous, faudra t'y abonner. Faudrait pas que tu te mettes à tirer en prenant ton pistolet par le canon.
Croyant sans doute sa tentative d'humour drôle, il éclata de rire.
-T'es pas bavard mon coco! Ceci dit, je ne te le reproche pas. J'aime ceux qui obéissent sans rechigner. J'en ai connu des ingrats que j'ai sorti de leur merdier quotidien, et qu'ai-je eu comme remerciements? Ils m'ont tous trahi, ont voulu raconter des crasses sur le dos du patron, ont travaillé pour des concurrents. Ca me fend le coeur, j'ai été obligé de m'assurer qu'on ne parlerait plus d'eux, rayés de la liste, évaporés, ils n'ont jamais existé. Mais toi? Tu me feras pas ça hein?
De nouveau ce même rire tonitruant. De nouveau il continua son monologue décousu, au fil de ses pensées.
-J'ai regardé ta carte d'identité. Mon vieux, tu ne peux pas t'appeler comme ça, à partir du moment où tu commenceras à travailler pour nous tu t'appelleras Deuk. D'ailleurs j'y pense, je ne t'ai toujours pas parlé du boulot!
Une fois de plus, ce rire glaça les artères du nouveau-né Deuk. Il apprit à aimer détester cet excentrique lunatique, un coup à rire comme l'orage, un autre à rugir sa haine, une chaussette rouge, une autre verte, enchaînant des bribes d'idées comme on rajoute des perles à un collier. Il lui désigna le plan, en fait tout dépendait de lui. Il espérait ne pas avoir perdu son après-midi pour un second rôle, il avait vu en lui la
capacité à devenir quelqu'un d'influent. Il avait vu sa musculature dans le métro, il l'avait vu se battre, une armoire à glace, c'est ce qu'il leur fallait. S’il était bien docile, faisant son métier avec passion, ils le couvriraient d'argent. Deuk comprenait surtout le non-dit, l'induit, sa tête faisant la une des journaux, toujours à être recherché, il perdrait probablement tous ses amis, son (nouveau) nom deviendrait synonyme d'une violence extrême, lui qui n'aspirait qu'à une vie anonyme et tranquille. Or, il y avait sa femme, ses enfants, et les boites de ravioli premier prix qu'il ne pouvait plus digérer, il acceptait le travail, pas pour lui, mais pour eux.
-Et tu as pris quoi?
Bernardo l'avait d'un coup ramené de la pièce exiguë à l'avenue bordée de gratte-ciel, des murs blanc aux néons colorés, d'un silence assourdissant à un bruit étouffant . On ne peut pas vraiment dire qu'il fut surpris, on n’était pas dans un film où le valeureux héros se réveillait d'un flash-back. Non, Deuk l'avait prévu, comme il prévoyait tout ce qui allait se passer, des dizaines de fois déjà il avait vécu cette scène.
-Un magnum 474, pour la classe.
Bernardo ne fit pas de remarque. Bernardo ne s'appelait pas vraiment Bernardo . Il était peu loquace, quitte à lui donner un faux nom, autant lui donner celui du fidèle faire-valoir de Zorro.
-Suis moi, je l'ai vu passer par là.
Deuk continua sa poursuite dans cette ville qui n'existait que pour l'argent. Tout était faux, des habitants aux bâtiments, des apparences aux sentiments. Les automobilistes partaient de nulle part pour arriver au même point, les piétons se pressaient sur le trottoir d'une marche sans objectif. A l'intérieur des magasins, ce qu'on pouvait prendre pour des humains, de l'extérieur, n'étaient en fait que des mannequins de cire sans âme. Deuk était persuadé que seule son existence donnait un but à toute cette agitation, sans lui, elle n'avait plus de raison d'être. Deuk était le seul à avoir un sens. Deuk était le centre de cette simulation de vie. Deuk était leur dieu.
Il arriva à la fin de la ruelle exiguë, il allait bientôt tourner à gauche. Il allait accomplir son ultime mission. L'homme qui l'avait embauché, celui qui avait payé sa caution pour le sortir de prison, lui qui l'avait sorti de la merde, il allait le tuer. C'était Le Patron qui le lui avait ordonné. Tue le fils, tue le, tout sera fini, ta carrière commencera. Tous les trois savaient qu'il n'y avait pas d'autre solution possible, ils avaient compris et accepté cette fin, de toutes façons, il n'était même pas envisageable de faire changer d'idée le patron. Encore une fois, il devinait la scène, il crut deviner la scène. Sa victime l'entendrait et tenterait vainement de se défendre avec son ak-47. D'abord, il devra traverser la rue pour lui payer un aller direct vers l'autre monde. En traversant la voie rapide il stopperait trois voitures: une BMW noire, une Ferrari jaune, et une Mercedes qui freinera net à 10 centimètres de son espérance de vie. Il fera 15 pas sur la droite, renversera une grand-mère qui faisait ces emplettes, coupera un sportif dans son élan. Le sportif lui dira d'aller se faire foutre, le suivra pour chercher la bagarre, mais se rappellera subitement que c'était l'heure du bain de son poisson rouge face à l'argument imparable d'un Magnum. Il se cachera derrière le bac à plantes vertes, imitant de son mieux le buisson. Puis quand sa victime sortira de l'immeuble (à 5h05 et 28 secondes) PANPAN, double déflagration, deux balles, une pour tuer, l'autre pour la sécurité, une pour le travail, l'autre pour le fun, une pour la mort, l'autre pour sa vie.
D'un pas assuré, il émergea de la ruelle. Tout y était. A l'horizon, on voyait la BMW, la Ferrari, la Mercedes, qui n'attendaient que leur destin. On apercevait, de l'autre coté de la route, la grand-mère et son sac d'un quintal, le dresseur de poissons rouges, les plantes vertes. Pourtant, quelque chose n'allait pas. C'est foutu. Cette pensée avait pénétré dans ses plus intimes convictions comme une balle dans un crane. Il ne savait pas pourquoi, mais son cerveau reptilien, cette part de l'homme primitif qui se manifeste dans les instincts de survie, était catégorique. Pourtant il fit mine d'ignorer, traversa la route, manqua de se faire écraser par une BMW, une Ferrari, et même une Mercedes qui s'arrêtera brutalement à 15 cms de lui, en même temps il observait. Et il comprit, au coin de la halle, il y avait une voiture inconnue. D'un coup, il lui revint en mémoire qu'il l'avait déjà vue, distraitement, il n'avait pas fait attention.
Un détail.
Il bouscula les pseudo inconnus, n'oublia pas d'armer son flingue, CLICLAC, il aurait pu le faire avant, mais ça faisait partie du rituel, on arme juste avant de descendre, pour la classe, encore une fois. Il se cacha derrière les plantes vertes, fit mine de discuter avec, pour ne pas avoir l'air trop bizarre aux yeux des passants. Sous une feuille, sa main droite, avec la main droite, le magnum, dans son oeil de cyclope, la porte vitrée. Son intuition le harcelait, le tenaillait, hurlait de plus en plus fortement, la voiture derrière serait sa perte, chaque instant augmentait l'écartèlement intérieur entre son espoir et sa résignation sur son destin. Il sentait l'objectif dans son dos se rapprocher, viser sa tête. Pour cette fois, plus personne ne sortirait de cette porte.
Le Patron dit:
-COUPEZ, COUPEZ!! c'est bon , abandonnez tout , vous pouvez rassembler toutes les pellicules et faire un feu de joie avec. S'il vous plaît, silence, s'il vous plaît !!!
Arrêtez de râler, je sais que c'est éprouvant, avez vous seulement pensé à tout le fric que j'ai perdu à rejouer sans cesse cette scène depuis deux semaines ? Mais je veux que la scène finale de Deuk: Machine à tuer soit parfaite . Alors certes, cette fois y a pas de perchiste se vautrant lamentablement sur scène, pas de coupure de courant, et Deuk ne remplace pas son texte par le slogan d'une marque de produit de vaisselle. Mais je veux rester maître de chaque petit détail visuel . Et ramenez moi ce foutu chef déco, qu'il explique ce que vient foutre en plein milieu du décor à dominante jaune pâle cette voiture rouge!!!

